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Julius Evola

Julius Evola

 

Julius Evola   Julius Evola, né à Rome le 19 mai 1898 et mort dans la même ville le 11 juin 1974, est un métaphysicien italien. Il affirma la nécessité d'une « restauration héroïque » de la civilisation traditionnelle, dans des ouvrages comme Révolte contre le monde moderne (1934) et Chevaucher le tigre (1961). Aristocrate individualiste, marqué par l'ésotérisme, il chercha à concilier l'action politique contre-révolutionnaire avec les doctrines traditionnelles. Après la Seconde Guerre mondiale, son œuvre exerça notamment une influence dans les milieux néofascistes. « Érudit de génie » (Marguerite Yourcenar), il demeure un penseur de référence pour les nouvelles droites italienne et française.

   Julius Evola s'oppose radicalement à l'évolutionnisme. Pour lui, l'homme ne s'élève pas de l'animal au surhomme, mais au contraire descend du divin et chute dans le règne du matériel. En cela, il est un « penseur de la décadence » et se réfère à la doctrine des quatre âges, issue d'une tradition à la fois occidentale et orientale, qui à la suite d'une dernière phase, admet le retour d'un âge d'or avec lequel débute un nouveau cycle. D'autre part, Evola s'appuie sur un arrière-plan métaphysique qui se traduit par la lutte incessante entre « les forces du cosmos » et « les forces du chaos. » La cause de la subversion et de la régression des castes est attribuée à une « main occulte. » Dans Le Mystère du Graal (1937), il partage la théorie du complot faisant de la franc-maçonnerie une force subversive s'opposant au traditionalisme et qui serait le moteur des principaux bouleversements politiques depuis la Révolution française.

   Evola se lie à un groupe d'ésotéristes romains, le « groupe d'Ur », groupe de recherche dont l'objectif est d'étudier « les doctrines ésotériques et initiatiques avec sérieux et rigueur. » En 1925, il publie son premier essai, Essai sur l'idéalisme magique, qui est suivi en 1926 de l'Homme comme puissance. Dans ce livre, rebaptisé en 1949 Le Yoga tantrique, Julius Evola, expose le cœur de la métaphysique indienne8.
 
   En 1928, il écrit un ouvrage qui va le rendre célèbre en Italie : Impérialisme païen. Il y attaque très violemment le christianisme et se tourne vers le fascisme, dans une volonté de retrouver la grandeur romaine antique. Par cet ouvrage, publié à la veille des accords de Latran, il se met à dos les dirigeants fascistes favorables au concordat avec l'Église, et notamment Giovanni Gentile. Il regrettera cependant le caractère violemment polémique de ce livre, et souhaitera qu'il ne soit plus réédité de son vivant8. Il reviendra également quelques années plus tard sur ce qu'il appellera le « malentendu du nouveau paganisme ».

Evola_2Cette époque est marquée pour lui par la lecture intensive de la Bhagavad-Gītā, « le livre de la sagesse guerrière aryenne », qu'il emmène avec lui lors de ses ascensions en montagne, ainsi que de l'œuvre de René Guénon. C'est sous l'influence de ce dernier qu'il quitte les thèses extrémistes d'Impérialisme païen pour revenir à la considération de la Tradition, et fonde la revue La Torre. On peut lire dans un éditorial de cette revue qu'elle est destinée à « défendre les principes qui pour nous seraient absolument les mêmes, que l'on se trouve dans un régime fasciste, communiste, anarchique ou démocratique. En eux-mêmes, ces principes sont supérieurs au plan politique ». La revue n'est guère appréciée par le régime fasciste qui l'interdit le 15 juin 1930 après à peine dix numéros.

 
   Evola publie plusieurs essais, traduisant son intérêt pour la philosophie (Théorie de l'individu absolu, 1927 ; Phénoménologie de l'individu absolu, 1930), l'ésotérisme (La Tradition hermétique, 1931), le mouvement des idées (Masque et visage du spiritualisme contemporain, 1932). À la même période, il effectue de dangereuses courses en montagne, et devient rapidement un alpiniste de haut niveau8. Il collabore à la revue La Vita italiana de Giovanni Preziosi et au quotidien Il Regime fascista de Roberto Farinacci et édite une page intitulée « Diorama filosofico » à laquelle il fait participer de grands auteurs, comme René Guénon, Paul Valéry et Gottfried Benn.
En 1934, Evola publie son œuvre la plus célèbre, Révolte contre le monde moderne, où il décrit la déchéance du monde moderne, annoncée par les traditions antiques. Sa parution lui vaut des réactions de la part du monde intellectuel, notamment de Giovanni Gentile, Gottfried Benn et Mircea Eliade8. Il prononce plusieurs conférences : à Vienne en 1936, Berlin en 1937, Rome en 1940, puis Brunswick, Hambourg, et Stuttgart en 1942. En Allemagne, son œuvre est appréciée parmi les cercles d'intellectuels de droite, comme le Herrenklub de Berlin. À l'aube de la guerre italo-éthiopienne, Evola invite Mussolini à faire de l'Italie une « nation de guerriers, » capable d'apprécier et d'admirer la « valeur sacrée du combat. » En 1937, Evola rencontre et se lie d'amitié avec le grand historien des religions Mircea Eliade. En 1938, Evola visite la Roumanie, où il fait connaissance avec Corneliu Zelea Codreanu, qu’il décrit comme « une des figures les plus dignes et les mieux orientées spirituellement » qu’il lui ait été donné de rencontrer.
 
   En 1937, Evola publie le Le Mystère du Graal, dans lequel il étudie les fondements de la « tradition gibeline de l'Empire. » La même année, il publie Le Mythe du Sang (1937), puis Synthèse de doctrine de la race (1941), où il expose la conception traditionnelle de la race. En 1943, il publie La Doctrine de l'Éveil, une étude sur l'ascèse bouddhique, à laquelle il continue à s'intéresser en parallèle à ses préoccupations politiques. En quelque sorte, l'éveil bouddhique et le réveil de la civilisation déclinante par la faute de la modernité, sont associés dans son esprit. Il retourne à Rome en septembre 1943 et commence à organiser un groupe nommé Movimento per la Rinascita dell'Italia, un précurseur des groupes d'extrême droite qui vont proliférer en Italie après la Seconde Guerre Mondiale.
 
Julius_Evola_3   En 1945, il est touché par un bombardement lors d'un passage à Vienne qui le laissera paralysé des membres inférieurs. Pendant les bombardements, il avait l'habitude de ne pas se réfugier dans les abris, mais plutôt de travailler dans son bureau ou de marcher dans les rues de Vienne, pour disait-il « questionner calmement son destin. » Après plusieurs années passées à l'hôpital en Autriche, puis en Italie, il retourne à Rome dans sa ville natale. Il a la surprise de rencontrer des groupes de jeunes de droite parmi lesquels son nom et ses livres sont bien connus. C'est à eux que s'adressent Orientations (1950) et Les Hommes au milieu des ruines (1953).
 
   Il est arrêté par la police italienne en 1951 pour « glorification du fascisme » et « incitation intellectuelle à l'insurrection ». Il est acquitté après plusieurs mois de jugement. Lors de sa défense, il affirme qu'un tel jugement implique aussi bien Dante, Platon et Aristote, et qu'ils devraient être mis au banc des accusés. Il publie successivement Métaphysique du sexe (1958), une étude sur les aspects métaphysiques de la sexualité, et Chevaucher le tigre (1961), où il indique la voie d'un « anarchisme de droite. » Dans Le chemin du cinabre (1963), une autobiographie, Evola consacre un chapitre à l'œuvre d'Ernst Jünger, qu'il aurait souhaité traduire en italien. Il publie ensuite Le fascisme vu de droite (1964), L'arc et la massue (1968), et Méditations du haut des cimes (1974), une collection d'essais rassemblés par Renato del Ponte. Dans ce livre, Evola montre le moyen d'une réalisation intérieure grâce à l'alpinisme. Un appendice est dédié à l'œuvre du peintre Nicolas Roerich, à laquelle Evola accorde une signification spirituelle.
 
   Il meurt à Rome le 11 juin 1974 et ses cendres sont dispersées dans une crevasse du Mont Rose.
 
 
 
Oeuvres :
 
Essais philosophiques
- La Tradition hermétique (1931), Éditions Traditionnelles, 1983.
- Masques et visages du spiritualisme contemporain (1932), Éditions Pardès, 1972.
- Révolte contre le monde moderne (1934), L’Âge d’Homme, 1991 ; L'Âge d'Homme-Guy Trédaniel, 2009.
- Trois aspects du judaïsme (1936), Éditions de l'Homme Libre, 2006.
- Le Mystère du Graal (1937), Éditions Traditionnelles, 1974.
- Le Mythe du sang (1937), Éditions de L’Homme libre, 1999.
- Synthèse de doctrine de la race (1941), Éditions de L’Homme Libre, 2002.
- Éléments pour une éducation raciale (1941), Éditions Pardès, 1984.
- La Doctrine aryenne du combat et de la victoire (1941), Éditions Pardès, 1987.
- La Doctrine de l’éveil (1943), Éditions Archè, 1976.
- Le Yoga tantrique (1949), Fayard, 1971.
- Métaphysique du sexe (1958), L'Âge d'Homme-Guy Trédaniel, 2006.
- Le “Travailleur” dans la pensée de Ernst Jünger (1960).
- L’Arc et la massue (1968), Éditions Trédaniel, 1983.
- Le Taoisme (1972), Éditions Pardès, 1989.
 
Essais politiques
- Impérialisme païen (1928), Éditions Pardès, 2004.
- Orientations (1950), Éditions Pardès, 2011
- Les Hommes au milieu des ruines (1953), Éditions Pardès, 2005.
- Chevaucher le tigre (1961), Éditions La Colombe, 1964.
- Le Fascisme vu de droite (1964), Éditions Pardès, 1981.
 
Autobiographie
- Le Chemin du cinabre (1963), Éditions Archè, 1983.
 
Recueils et anthologies
- Hiérarchie et démocratie, avec René Guénon (1970), Éditions de l'Homme libre, 1999.
- Méditations du haut des cimes (1974), Éditions Pardès, 1986 ; Éditions du Lore, 2006.
- Symboles et mythes de la tradition occidentale (1977), Éditions Archè, 1980.
- Métaphysique de la guerre, Éditions Arché, 1980.
- Orient et Occident, Éditions Archè, 1982.
- Ur et Krur, Introduction à la magie, Ur 1927, Éditions Archè, 1983.
- Ur et Krur, Introduction à la magie, Ur 1928, Éditions Archè, 1984.
- Ur et Krur, Introduction à la magie, Krur 1929, Éditions Archè, 1985.
- Écrits sur la Franc-maçonnerie, Éditions Pardès, 1987.
- Essais politiques, Éditions Pardès, 1988.
- Explorations, Éditions Pardès, 1989.
- Le Petit livre noir, Rémi Perrin, 1999.
- L’Europe ou le déclin de l’Occident, Rémi Perrin, 2000.
- Phénoménologie de la subversion, Éditions de L’Homme libre, 2004.
- Virilité spirituelle, Éditions Ars magna, 2006.